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« Garder l’internet belge au plus près de chez nous »
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« Garder l’internet belge au plus près de chez nous »
12-10-2026

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« Garder l’internet belge au plus près de chez nous »
12-10-2026

BNIX fait partie de ces infrastructures numériques sur lesquelles des millions de personnes s’appuient chaque jour sans jamais les voir. Plus de 80 réseaux se retrouvent sur sa plateforme pour échanger directement du trafic internet, faisant de BNIX un point névralgique de l’économie numérique belge. À mesure que l’intelligence artificielle, le cloud et le streaming font circuler toujours plus de données sur ces réseaux, son rôle ne cesse de gagner en importance.

La géopolitique vient aujourd’hui ajouter une nouvelle dimension à cet écosystème déjà complexe. Où transite notre trafic ? Qui contrôle les infrastructures qui le rendent possible ? Et dans quelle mesure l’Europe souhaite-t-elle dépendre de technologies et de services venus d’ailleurs ? Pour Frédéric Libotte, Senior Relationship Manager chez BNIX et vice-président du conseil d’administration d’Euro-IX, ces questions ramènent le point d’échange internet au plus près de sa mission d’origine : faire en sorte que le trafic reste local chaque fois que c’est possible.

Vous présentez BNIX comme « le cœur belge de l’internet ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Frédéric Libotte : « Pour le comprendre, il faut revenir à 1995, l’année de la création de BNIX. À l’époque, la Belgique ne comptait qu’une poignée d’acteurs du secteur de l’internet et le trafic passait souvent par l’étranger, même lorsqu’une requête concernait exclusivement la Belgique. BNIX, acronyme de Belgian National Internet Exchange, a été créé par Belnet afin de relocaliser ce trafic.

Plutôt que d’imposer aux données un détour inutile, les réseaux pouvaient désormais les échanger directement en Belgique. C’est ce que l’on appelle le « peering », et ce principe reste au cœur de notre activité. Aujourd’hui, nous réunissons des opérateurs télécoms, des fournisseurs d’accès à internet, des fournisseurs de contenus, des hébergeurs et d’autres réseaux qui échangent directement leur trafic via notre plateforme. C’est ce rôle central dans les échanges qui nous évoquons lorsque nous qualifions BNIX  de cœur belge de l’internet. »

Être au cœur de ces échanges signifie-t-il que BNIX contrôle le trafic ?

« Non, et c’est un point fondamental. Nous fournissons la plateforme, mais ce sont les participants qui décident de la manière dont ils gèrent leur trafic internet et avec qui ils l’échangent. Nous ne sommes pas un opérateur télécom commercial et nous ne vendons pas d’accès à internet. Nous n’entrons donc pas en concurrence avec nos participants. Pour moi, notre offre repose sur trois piliers : la neutralité, la fiabilité et l’ancrage local. »

« Nous ne faisons aucune différence entre David et Goliath. Tout le monde est le bienvenu sur notre plateforme neutre. »

Personne n’est obligé d’utiliser BNIX. Comment faites-vous pour rester pertinent ?

« Le marché de l’internet a énormément évolué. Le transit internet est devenu beaucoup moins cher et les réseaux disposent aujourd’hui de davantage de possibilités pour échanger leur trafic. Les grands acteurs peuvent établir des connexions privées entre eux plutôt que d’échanger ce trafic par une plateforme partagée. Participer à BNIX est donc un choix, ce qui signifie que nous devons constamment démontrer pourquoi ce choix reste pertinent. L’une de nos forces réside dans la diversité de notre écosystème : nous ne faisons aucune différence entre David et Goliath. Tout le monde est le bienvenu sur notre plateforme neutre. En parallèle, cela soulève une question plus large : si les plus grands acteurs de l’internet choisissent de plus en plus d’échanger leur trafic uniquement entre eux, qu’advient-il du caractère ouvert de l’internet ? »

« Nous devons créer de la capacité avant d’en avoir besoin. »

Votre plateforme a récemment été renouvelée. Que peuvent faire les participants aujourd’hui qu’ils ne pouvaient pas faire auparavant ?

« Nous renouvelons la plateforme environ tous les cinq ans afin de suivre l’évolution du trafic internet. Ce que nous voulons absolument éviter, c’est d’arriver à un point où la plateforme commence à saturer. Nous devons donc créer de la capacité avant d’en avoir besoin. Il fut un temps où 100 Mbps représentait une capacité importante. Aujourd’hui, le 10G est devenu beaucoup plus courant et notre nouvelle plateforme est déjà techniquement prête à accueillir des ports 400G, même si nous ne les commercialisons pas encore. Nous avons également facilité l’augmentation de capacité. Un participant peut, par exemple, utiliser 1G sur un port physique 10G, puis passer à 2G ou 5G par la suite, sans devoir modifier sa connexion physique. L’efficacité énergétique fait elle aussi partie intégrante de chaque renouvellement de la plateforme. »

Cette évolution répond-elle surtout à l’augmentation du trafic ou les exigences changent-elles également ?

« Les deux sont liés. Les participants veulent davantage de capacité, rapidement et à un prix compétitif, mais ils attendent avant tout une plateforme professionnelle et fiable. En parallèle, le trafic internet lui-même évolue. BNIX nous offre à cet égard un point d’observation intéressant sur les usages numériques en Belgique. Avant le Covid, les principaux pics de trafic se produisaient généralement en soirée, lorsque les gens rentraient chez eux et commençaient à regarder du contenu en streaming. Pendant la pandémie, le trafic s’est déplacé vers les heures de travail, puisque les gens se sont soudain mis à travailler depuis chez eux. Cette tendance s’est en partie maintenue avec la généralisation du télétravail. Les évolutions de la société se lisent littéralement dans le trafic internet. »

« L’interconnexion locale devient plus importante, et non l’inverse. »

Quel est l’impact de l’IA et du cloud sur un point d’échange internet ?

« La tendance de fond est évidente : toujours plus de données. Mais pour un point d’échange internet, un autre élément est particulièrement important : les fournisseurs de contenus et de services cloud cherchent à se rapprocher toujours davantage de leurs utilisateurs. On présente souvent l’internet comme un système totalement décentralisé. Dans la pratique, cette évolution renforce justement l’importance de l’interconnexion locale. »

Avec Euro-IX, vous regardez aussi au-delà des frontières belges. Qu’est-ce que cela vous apporte ?

« BNIX a été l’un des membres fondateurs d’Euro-IX en 2001 et j’occupe depuis l’année dernière la fonction de vice-président du conseil d’administration. Les points d’échange internet sont confrontés à de nombreuses problématiques techniques, commerciales et juridiques similaires. Nous nous réunissons donc deux fois par an pour partager nos expériences : que font les autres pays, qu’est-ce qui fonctionne et quelles erreurs pouvons-nous éviter ? BNIX reste centré sur le marché belge, mais l’internet ne s’arrête évidemment pas aux frontières. Il y a quelques années, nous avons établi une connexion directe avec LU-CIX, le Luxembourg Internet Exchange. Grâce au « remote peering », les participants de BNIX peuvent se connecter aux réseaux présents au Luxembourg sans devoir y disposer de leur propre présence physique. Inversement, les participants luxembourgeois peuvent accéder de la même manière aux réseaux présents à Bruxelles. »

Quelle est la place de LCL dans cet écosystème physique ?

« BNIX est aujourd’hui présent dans cinq data centers, dont LCL. En 2010, LCL est devenu notre troisième « Point of Presence » et fait désormais partie de cette architecture répartie sur cinq sites. Cette répartition est essentielle pour assurer la résilience de la plateforme. Les participants peuvent choisir où ils souhaitent se connecter et utiliser différents sites en fonction de leurs besoins. Aujourd’hui, une infrastructure doit être redondante et disponible en permanence. Si un problème survient sur un site, nous pouvons nous appuyer sur les autres. L’internet peut sembler virtuel, mais l’infrastructure qui le fait fonctionner est, elle, bien physique. Elle a besoin d’espace, d’électricité, de refroidissement et d’environnements de data centers fiables. »

« Nous devons regarder ce dont nous disposons déjà en Europe plutôt que de nous tourner automatiquement vers les plus grands acteurs mondiaux. »

Quel sera, selon vous, l’un des grands enjeux des prochaines années ?

« La géopolitique place aujourd’hui une nouvelle question au centre des préoccupations : celle de l’indépendance. Nous devons réfléchir de plus en plus sérieusement à notre degré de dépendance vis-à-vis de services et de technologies contrôlés en dehors de l’Europe. Une solution peut sembler peu coûteuse et pratique, mais que se passe-t-il si un acteur situé hors d’Europe décide de ne plus fournir un service ? Une indépendance totale relève probablement de l’utopie, car l’Europe ne dispose pas elle-même de toutes les technologies et de tous les services. Mais la souveraineté numérique est devenue un véritable sujet de réflexion.

Nous devons identifier les alternatives européennes que nous pouvons proposer et déterminer dans quels domaines la coopération peut nous aider à réduire notre dépendance. En 1995, relocaliser le trafic internet belge était avant tout une question de vitesse, d’efficacité et de coûts. Aujourd’hui, maintenir le trafic et les infrastructures au plus près de chez nous peut également renforcer notre résilience et notre autonomie numérique. Presque tout a changé sur internet, mais le principe fondateur de BNIX reste le même : préserver des échanges ouverts, neutres et fiables, et permettre aux réseaux belges de continuer à se rencontrer au plus près de chez eux. »

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