Depuis les laboratoires universitaires, la recherche sur le cancer est souvent bien éloignée du vécu du patient ; à l'hôpital anversois Ziekenhuis aan de Stroom (ZAS), on aborde les choses autrement. La recherche s'y déroule entre les murs de l'hôpital même, à proximité de la pratique quotidienne et du patient.
Le Dr Peter Vermeulen, chef de service au Centre d'oncologie d'Anvers (ZAS), et Bea Van Valkenburg, entrepreneuse et force motrice de l'ASBL KOZAS, nous expliquent ce qu'il en est et en quoi cette proximité fait la différence.
Bea Van Valkenburg : « KOZAS est l'acronyme de Kankeronderzoek aan de Stroom, une ASBL créée pour soutenir la recherche en oncologie au sein du ZAS. Nous récoltons des fonds pour que la recherche puisse être menée ici, à l'hôpital ».
Peter Vermeulen : « Le ZAS abrite non seulement un grand centre d'oncologie, mais aussi une unité de recherche clinique et un laboratoire préclinique. KOZAS contribue à rendre tout cela possible ».
Peter : « Ce qui distingue le ZAS, c'est que la recherche ne se fait pas à distance ; au contraire, elle est intégrée au quotidien de l'hôpital. Les échantillons prélevés sur les patients peuvent être traités et analysés immédiatement, et cette rapidité d'exécution est cruciale. On se dit même parfois qu'il est presque contraire à l'éthique de ne pas exploiter ces échantillons dans le cadre de la recherche.
Nous essayons également d'organiser la recherche en symbiose avec les patients. Par l'intermédiaire de notre organe consultatif interne pour la recherche en oncologie, nous impliquons les patients dès le début, et c'est par ce biais que j'ai fait la connaissance de Bea ».
Bea : « Tout à fait. Je suis moi-même atteinte d'un cancer du sein et je suis traitée ici depuis longtemps. En tant que patiente, on ressent également cette proximité. J'ai participé à une étude clinique et j'ai eu un aperçu du fonctionnement de la recherche grâce à l'organe consultatif. On voit depuis les premières loges combien il y a de connaissances, mais aussi à quel point tout dépend des moyens à disposition.
Vu mon expérience dans le monde des entreprises, j'ai voulu apporter ma pierre à l'édifice. J'ai de l'expérience dans la mobilisation de personnes et de ressources et je dispose d'un vaste réseau à Anvers et alentour. Cela s'est avéré être une valeur ajoutée, et c'est ainsi que l'ASBL a vu le jour ».
Peter : « Nous nous intéressons aux métastases hépatiques, c'est-à-dire aux cellules cancéreuses qui se propagent dans le foie. Le sujet peut paraître très pointu, mais les métastases hépatiques se rencontrent dans plusieurs cancers, notamment ceux du côlon, du sein et de la peau. Nous constatons que ces métastases ne se comportent pas toutes de la même manière : certaines ont une croissance beaucoup plus agressive que d'autres, et nous ne comprenons pas complètement pourquoi aujourd'hui. Nous cherchons des réponses au niveau cellulaire ».
Peter : « De nos jours, la recherche ne fonctionne plus de manière isolée ; nous collaborons constamment avec des partenaires nationaux et internationaux. Nous avons ainsi contribué à la création du Liver Metastasis Research Network, un réseau international de recherche sur les métastases hépatiques. Nous y partageons nos résultats, nous nous appuyons sur les connaissances de chacun et nous mettons en commun notre expertise. C'est la seule façon pour nous de faire de réels progrès ».
Bea : « L'engagement est également important en dehors du monde médical. Les gens et les entreprises souhaitent souvent apporter leur contribution, mais ne comprennent pas toujours ce qu'il en est exactement. C'est exactement la raison d'être de l'ASBL : rendre la recherche visible et compréhensible afin que davantage de personnes se sentent concernées ».
Peter : « Dans la recherche, les choses n'avancent pas du jour au lendemain. Il s'agit ici de recherche préclinique, la phase qui précède les essais cliniques. Cela commence en laboratoire, passe ensuite par des modèles supplémentaires et, plus tard seulement, par des études sur des patients. Ce processus prend des années. En revanche, si nous comprenons mieux au niveau cellulaire comment les tumeurs se développent et communiquent, cela pourrait signifier à terme qu'on pourra épargner au patient une thérapie lourde, ou qu'il recevra tout simplement le bon traitement plus rapidement ».
Bea : « C'est un long processus, qui n'est pas toujours visible, mais tout commence par là. Sans recherche, pas de progrès ».