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L’avenir de l’IA, c’est l’humain
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L’avenir de l’IA, c’est l’humain
13-08-2026

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L’avenir de l’IA, c’est l’humain
13-08-2026

L’intelligence artificielle est souvent présentée comme l’outil de productivité par excellence. Les nouvelles technologies promettent de nous aider à produire plus, plus vite et à moindre coût. Selon Gaëlle Helsmoortel, spécialiste belge de l’IA, cette promesse passe à côté d’une transformation bien plus profonde. Dans la mesure où les machines s’occupent de plus en plus de l’exécution des tâches, ce n’est plus du côté de la productivité que les organisations créent de la valeur. La vraie question est alors la suivante : en quoi l’humain fait-il la différence ?

L’exécution n’a plus aucune valeur

Pendant des décennies, les consultants ont réalisé des présentations, les avocats rédigé des contrats et les professionnels du marketing préparé des textes publicitaires. À présent, l’IA se perfectionne de jour en jour afin d’assumer une grande partie de ce travail. « L’exécution n’a désormais plus aucune valeur, c’est du ressort des machines », explique Gaëlle Helsmoortel. Si un modèle d’IA est capable de produire en quelques minutes ce qui prenait autrefois des heures, l’exécution relève alors de l’ordinaire. En ce sens, c’est désormais à celles et ceux qui définissent le problème, fournissent le contexte et évaluent la qualité du travail des agents conversationnels que revient le pouvoir de décision. Les modèles économiques fondés sur la facturation à l’heure et le travail de connaissances routinier s'en trouvent eux aussi sous pression.

Selon notre interlocutrice, l’erreur commise par de nombreuses entreprises réside dans le fait d’utiliser l’IA pour optimiser les méthodes de travail d’hier au lieu de les repenser pour demain. « Il existe deux stratégies en matière d’IA », explique-t-elle. « La première, c’est l’optimisation : faire ce qu'on a toujours fait, mais plus vite, moins cher et mieux. C'est la préoccupation numéro un de la quasi-totalité des organisations aujourd’hui. La deuxième, c’est la véritable innovation. Lorsque le volet exécutif est pris en charge par la machine, que faire du temps ainsi libéré ? »

Cette question amène à envisager l’IA sous un angle différent. Ce n’est pas son gain de productivité pour les employés qui crée sa valeur, mais sa capacité à libérer du temps pour quelque chose dont nous seuls sommes capables : être humains. Les machines peuvent certes résumer des réunions, analyser des documents et générer des rapports, mais elles ne sont pas capables d’établir des relations de confiance, de nouer des partenariats à long terme, ni même de saisir les subtilités d’une négociation délicate. « Laissez ces machines faire que vous trouvez ennuyeux et profitez de ce temps pour développer votre réseau, pour être authentique et à l’écoute de vos clients », explique Gaëlle Helsmoortel. À mesure que l’IA se démocratise au travail, la confiance devient un avantage concurrentiel. « On préférera traiter avec des personnes déjà connues. »

L’avantage humain

Pour les organisations, cela signifie faire primer l'humain sur la technologie. « Ce n’est pas en investissant dans des outils qu’on crée de la valeur. Il faut bien sûr disposer des outils nécessaires, mais aussi investir dans l’humain et opérer un véritable changement des mentalités. » Cette évolution modifie également les perspectives de carrière au sein des organisations. Ici, Gaëlle Helsmoortel ne pense pas aux développeurs de logiciels ni aux spécialistes en IA. Au contraire, elle met en avant ceux qu’elle appelle en plaisantant « les gens ennuyeux » : les collègues qui ont passé des années à documenter les processus, à cartographier les flux de travail et à insister pour que chaque étape soit clairement décrite.

« Quand on sait rédiger des procédures, cela signifie qu’on est capable de décrire les besoins, ainsi que de contextualiser son propre travail. Et c’est précisément ce dont ces machines ont besoin. » L’art de rédiger des consignes efficaces ne repose pas sur des astuces ingénieuses : il faut d'abord comprendre son propre travail. En d’autres termes, l’IA ne remplace pas l’expertise ; elle l’amplifie. Ceux qui maîtrisent parfaitement leur métier sont les mieux placés pour traduire ce savoir-faire en consignes, évaluer les résultats et les améliorer.

Gaëlle Helsmoortel est stratège en IA et membre du conseil d'administration de LCL.

Il en va de même pour la nouvelle génération qui fait son entrée sur le marché du travail. Traditionnellement, les jeunes salariés apprenaient leur métier en effectuant des tâches routinières, en commettant des erreurs et en développant progressivement leur capacité de jugement. Si l’IA prend en charge une grande partie de ce travail, les entreprises ne pourront plus partir du principe que l’expérience viendra d'elle-même. « Elles doivent en prendre conscience et trouver d’autres moyens de faire connaître le métier auprès des jeunes. » Leur apprendre à utiliser l’IA ne suffira pas ; il faudra également leur donner les moyens de développer une expertise en la matière.

Une occasion pour l’Europe de montrer la voie

Si l’IA vient à s’imposer dans toutes les organisations et dans tous les aspects du quotidien, la question n’est plus de savoir si nous l’utilisons ou non. La question est de savoir quel type de société nous voulons construire avec son aide. Pour Gaëlle Helsmoortel, c’est là que l’Europe a l’occasion de montrer la voie. Même si elle n’a pas gagné la guerre en matière de création de modèles d’IA, la bataille pour leur mise en œuvre en entreprise est tout sauf jouée, et c’est là que nous pouvons prendre les devants. « Nous n’avons pas à créer un nouveau Google ou un nouvel OpenAI ; à nous de tracer notre propre chemin. »

L’IA a souvent été présentée comme une course à la création de modèles toujours plus puissants, et à toujours plus de productivité. Gaëlle Helsmoortel estime que l’Europe devrait emprunter une voie différente. Cela commence par investir dans les personnes, protéger nos données et mettre en place des infrastructures qui utilisent de manière responsable les ressources limitées telles que l’énergie et l’eau. Cela implique également de développer des technologies qui reflètent les valeurs européennes, plutôt que de se contenter d’importer celles d’autrui.

Si les machines s’occupent de plus en plus de l’exécution des tâches, alors la productivité n’est plus une fin en soi. La véritable opportunité réside dans la manière dont chacun choisit d’utiliser le temps que l’IA lui fait gagner. Elle pourrait nous permettre de consacrer davantage de temps à ce qui fait de nous des êtres humains : faire preuve de curiosité, nouer des relations durables et mettre notre créativité au service de l’imagination pour faire advenir ce qui n’existait pas auparavant. « Je pense qu’on pourrait améliorer beaucoup de choses dans la société et dans le monde si on s’en servait de cette manière. »

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