La mise à niveau d'un centre de données en fonctionnement n'est pas une mince affaire, surtout lorsqu'il doit tourner 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans aucun compromis. C'est pourtant ce que nous faisons chez LCL Brussels-West en 2025, avant que ne vienne le tour de LCL Brussels-North. « Nous aurions pu nous en tenir au minimum, mais nous avons choisi d'aller au bout des choses », explique Floris Smits, Chief Project Officer. Avec Adeline Wantiez, Project Manager, il supervise la révision des systèmes de refroidissement. L’objectif ? Une meilleure performance énergétique, des émissions réduites et une infrastructure parée pour l'avenir, cela sans incidence sur le temps de fonctionnement. Adeline : « Avec chaque changement que nous apportons, nous ancrons la durabilité dans notre conception technique ».
Floris Smits : « Nous remplaçons les systèmes de refroidissement hérités pour augmenter progressivement la température du couloir froid. Cela nous permet d'augmenter l'utilisation du free cooling, c'est-à-dire que nous utilisons l'air extérieur pour refroidir nos systèmes d'eau glacée, qui à leur tour refroidissent les salles de données. On réduit ainsi considérablement l'utilisation de compresseurs gourmands en énergie. Il s'agit d'un élément clé de notre transition énergétique, qui s'inscrit dans notre objectif SBTi de réduction de 42 % de nos émissions de CO₂ d'ici à 2030.
L'augmentation de la température améliore notre PUE et, combinée à l'utilisation de réfrigérants à faible PRG, elle réduit notre empreinte carbone globale - ce qui est particulièrement important même lorsque nous utilisons de l'énergie verte. Le refroidissement représente une part importante de la consommation d'énergie d'un centre de données et c'est la raison pour laquelle nous avons investi massivement afin d'optimiser notre infrastructure de refroidissement. Fin 2024, nous avons lancé notre premier grand projet d'amélioration du refroidissement chez LCL Brussels-West, qui est en plein développement à présent.
L'objectif est d'être pleinement opérationnels d'ici début 2026. Le projet représente un grand pas en avant en matière d'efficacité. Au lieu d'ajouter des unités de refroidissement à mesure que la demande augmente, nous intégrons un système de refroidissement centralisé qui permet un meilleur contrôle de la température et des conditions plus stables. Cette nouvelle conception réduit également la longueur totale de la tuyauterie, ce qui diminue la complexité du système et le risque de fuites. Plus de stabilité signifie plus d'efficacité, moins d'énergie consommée et d'incidences sur l'environnement ».
Adeline Wantiez : « Nous procédons au déploiement dans un centre de données en fonctionnement, de sorte que nous ne pouvons pas nous contenter de désinstaller l'ancien système et de le remplacer. Nous travaillons sur des installations existantes qui n'ont pas été conçues pour ce niveau d'intégration. L'élimination des risques et un service ininterrompu sont évidemment nos principales priorités et chaque étape nécessite donc une planification au cordeau et une communication minutieuse avec nos clients. Rien que chez LCL Brussels-West, nous remplaçons seize unités autonomes par un système intégré. Nous avons conçu un plan de migration détaillé et nous examinons les progrès accomplis à chaque étape ».
Floris Smits : « Nos nouveaux systèmes fonctionnent de manière moins intensive grâce à l'augmentation des températures. Cela améliore l'efficacité énergétique et donc notre PUE, ce qui a également un effet positif sur nos émissions de CO₂ - bien que cet impact soit plus limité puisque nous utilisons de l'électricité verte. C'est du gagnant-gagnant pour LCL et nos clients ».
Adeline Wantiez : « Nous n'utilisons pas nécessairement moins de réfrigérant, il y a moins de tuyauterie, ce qui réduit le risque de fuite, grâce à une conception plus compacte et plus efficace. Cela limite le risque d'émissions en cas de défaillance. Et surtout, nous passons à des réfrigérants à faible PRG (potentiel de réchauffement global) : les anciens systèmes de refroidissement utilisent souvent des réfrigérants tels que le fréon, dont l'impact sur l'environnement est élevé. En optant pour d'autres solutions plus durables, nous réduisons nettement l'empreinte carbone de notre infrastructure ».
Floris Smits : « Cela fait partie d'une volonté d'éviter les technologies qui font appel à de grandes quantités d'eau. Nos systèmes en circuit fermé sont conçus pour limiter la consommation d'eau - et nous voulons qu'il en reste ainsi. L'eau de ville est trop précieuse pour être gaspillée. Il s'agit d'un équilibre entre optimisation de l'efficacité énergétique et utilisation minimale des ressources ».
Adeline : « Exactement. On pourra toujours produire de l'électricité à partir de l'éolien ou du solaire, mais l'eau est une ressource limitée ».
Floris Smits : « La collaboration est essentielle. Nous considérons cette migration comme une occasion de mieux nous aligner à nos clients, techniquement et stratégiquement. C'est pourquoi nous gardons les canaux de communication ouverts tout au long du processus et notre équipe opérationnelle nous invite à des réunions mensuelles d'évaluation par les clients, au cours desquelles nous présentons nos projets et les défis potentiels. Pendant les travaux, les clients sont particulièrement attentifs au processus car ils veulent comprendre ce qui se passe et comment cela peut affecter leur propre installation. Ce dialogue contribue à instaurer la confiance et améliore souvent le résultat ».
Adeline Wantiez : « La communication est essentielle. Nous sommes très transparents à propos de ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons. Nos clients savent que les centres de données de plus de 500 kW doivent réduire leur PUE en dessous de 1,3, ce qui implique de passer à des plages de températures plus élevées. Si vous l'expliquez clairement, ils comprennent. De plus, il ne s'agit pas d'une simple mise à niveau de l'infrastructure : nous les aidons à réduire leur propre empreinte, ce qui est bon à prendre pour leurs rapports ESG et leur donne un réel avantage dans la communication avec les parties prenantes et dans le cadre des audits. Nous aidons aussi activement nos clients à améliorer leur propre performance énergétique. Des actions simples, comme placer correctement l'équipement informatique ou colmater les brèches dans les câbles, peuvent avoir un effet mesurable. Nous donnons des conseils personnalisés et partageons des astuces dans nos bulletins d'information ».
Adeline Wantiez : « Nous avons entièrement renouvelé nos systèmes de détection et d'extinction d'incendie à LCL Brussels-West et LCL Brussels-North. Nous utilisons désormais des systèmes d'extinction à base d'azote, dont le PRG est nul. Ils sont non seulement plus rapides à déployer et plus sûrs pour le matériel, mais aussi beaucoup plus respectueux de l'environnement ».
Floris Smits : « Il s'agit de notre projet énergétique le plus ambitieux à ce jour. Les trois éoliennes sont devenues opérationnelles au début de l'année 2025. Nous étions en terre inconnue, c'était quelque chose de complètement différent de la construction de centres de données. Rien que l'obtention des permis a été une découverte. C'est toutefois un grand pas en avant dans la sécurisation de l'énergie verte pour nos opérations ».